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Violaine, face au mythe déraisonnable de l’oreiller ergonomique en mousse

PAR janick constant

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Violaine est venue à sa consultation avec son vieil oreiller ergonomique, elle déballe sur la table une galette jaune et molle que nous jetterons en fin d’entretien…

Le mythe de l’oreiller ergonomique en mousse a la vie dure, et notre visiteuse y croit encore tant le conditionnement ambiant est grand en la matière.

Alors même qu’elle souffre des cervicales et des épaules et ne sait plus dormir comme elle voudrait, la voilà qui nous ferait encore l’article à la manière d’un vendeur sur cet « oreiller multicouches à deux zones compensées mis au point par un spécialiste » censé constituer le sommet de la réflexion sur le sujet.

Pourtant, nous comprenons bien qu’un questionnement est en marche, et que si elle s’attache encore à emmener ce piètre coussin partout dans ses déplacements, Violaine a bien compris que le sujet doit être rebattu, creusé, réenvisagé, avec l’apport d’un spécialiste.

Si nous avions autant de mémoire que les dits-oreillers ?

Qui peut toujours croire qu’un oreiller moulé, préformé, dont la forme est figée, inscrite (pour ne pas dire mémorisée !) puisse convenir au commun des mortels ? Qui n’aurait pas encore perdu ses illusions en la matière à la faveur de ses achats infructueux ? Est-ce qu’un de ses fabricants a un jour ouvert un dictionnaire pour revenir au sens premier du qualificatif « ergonomique » ? (« Ergonomie : adaptation d’un environnement aux besoins de l’utilisateur »).

Violaine préfère dormir sur le côté mais plus moyen d’y parvenir durablement avec cette galette en mousse, qui s’est largement oxydée avec le temps et s’affaisse en totalité sous son poids.

Rappelons qu’un oreiller en mousse polyuréthanne s’oxyde à l’air ambiant, à la lumière, et au contact de l’humidité, ce qui modifie ses propriétés. Il s’affaisse, durcit et perd en élasticité. Il est aussi fréquent qu’il s’effrite avec le temps.

Difficile de cacher notre répulsion face à cette chose, nous n’en voudrions pas dans le panier d’un chien. C’est dire qu’on s’habitue à bien des choses sous notre nez quand l’objectivité n’y est plus…

Contre-performance de la forme inscrite

Non seulement la forme inscrite dans l’oreiller est une ineptie, puisqu’elle ne correspond pas de toute évidence à sa morphologie, mais qui plus est la mousse s’enfonce et n’oppose une véritable résistance que quand elle est saturée de pression, de sorte que la forme galbée n’est elle-même pas ressentie voire inutile.

Comme beaucoup de gens qui prennent encore ce mirage de l’oreiller ergonomique pour une avancée du siècle, Violaine dort avec le bras glissé sous cet oreiller, d’où douleurs d’épaule, engourdissement du membre et inconfort récurrent. De quelle ergonomie parle t’on quand il s’agit de s’employer ainsi à s’adapter tant bien que mal à un repose-tête qui n’est pas fait pour vous ?

Ainsi chacun tente à sa manière de compenser inconsciemment, instinctivement, les manques de ces oreillers toujours trop bas, trop mous, quand ce n’est pas au contraire un billot insupportable dur comme du bois. Tomber dans un commerce sur un de ces oreillers qui aurait le galbe, la courbure, l’épaisseur, la surface, la densité et la contre-poussée idéale pour vous serait purement fortuit, et alors même vous ne seriez pas totalement tiré d’affaire…

Cessez de croire à l’oreiller technologique !

Ainsi, on ne compte plus les confessions de ceux qui les posent en équilibre sur un autre oreiller, comble de l’inadéquation, qui plient une serviette éponge par-dessous ou qui les utilisent à l’envers ! Le sommet du ridicule est atteint quand on voit le dormeur avec la main à la rescousse dans le cou suspendu au-dessus du vide, ou les deux bras croisés en dessous de l’oreiller en position ventrale !

Violaine mesure 1m64, et je comprends en la sondant qu’elle aime la tonicité, la résistance immédiatement ressentie dans l’oreiller. Pour autant, elle m’explique qu’un amorti souple lui est nécessaire en surface, mais modéré et sans ressentir de contre-poussée particulière en retour. Elle est également attentive au poids d’un oreiller, il lui faut dans son lit un article aérien et mobile. C’est là la part subjective du toucher et de la sensation, qui vient toujours dans notre réflexion s’ajouter aux critères purement objectifs et mathématiques que sont les paramètres morphologiques et la posture.

Combinaison de mathématiques et de sensations

C’est un oreiller en laine vierge 40×60 cm qu’elle essaie sur notre literie, et qu’elle adopte immédiatement. Allongée sur son côté droit, j’observe l’épaule parfaitement compensée et donc la tête en prolongement horizontal de la colonne vertébrale. Aucune tension, aucune douleur, elle se détend, elle ne bouge pas, elle ne cherche pas à enfoncer la tête dans l’oreiller par un surcroît de pression (toujours un mauvais signe), elle n’essaie pas davantage de glisser une main sous l’oreiller, bien au contraire, ses bras se relâchent, développés devant elle et enfin rendus inutiles.

La combinaison des critères morphologiques et du toucher d’oreiller préféré, donc de l’objectif et du subjectif, nous conduisent vers un oreiller petit et d’une souplesse relative, calibrée.

Bon sens pratique et instinct animal

Par rapport à son corps, un oreiller plus grand aurait été plus haut, plus galbé, et n’aurait pas convenu. Ne choisissez jamais un oreiller par rapport à la dimension de vos taies ! Vous mettriez le contenant avant le contenu, et passeriez donc à côté de l’essentiel. En matière d’oreiller, n’oubliez jamais, c’est une pure affaire de bon sens pratique et d’animalité, une part de logique mathématique et une part de sensation subjective, et la messe est dite !

Ici encore, la laine révèle ses extraordinaires qualités de portance et de souplesse : résistance à la compression, petite course de descente en surface, amorti souple préservé par-dessous avec une grande réserve d’élasticité donc pas de saturation, aucune sensation de contre-poussée… l’équilibre est parfait.

Nous ne le dirons jamais assez, la laine française, au passé illustre, est jetée en 2026 pour plus de 10.000 tonnes par an, elle finit dans la boue des cours de fermes dès la tonte, puis laissée pour rien sous un hangar ouvert à tous les vents si les filateurs chinois ne daignent plus venir la chercher pour trois sous au fond de nos campagnes (c’est bien ce qui se passe depuis le Covid !).

Le meilleur de notre patrimoine sacrifié

Terrible inversion des valeurs, qui nous fait crouler sous le synthétique mondialisé pendant qu’on jette la toison des moutons qu’on élève dans nos campagnes… il n’y a même plus une usine en France pour laver la laine ! Alors comment s’employer à la valoriser comme ça s’était toujours fait ?!

Pourtant, son exploitation massive en oreillers suffirait à totalement désengorger les cabinets de kinés et à assainir le budget de la Sécurité Sociale, tant ses qualités mécaniques surpassent tous ces substituts pétroliers ridicules que sont le polyester et la mousse.

Dans toute la France, avec l’impulsion du Ministère de l’Agriculture, la filière lainière dite « Tricolor » fait ce qu’elle peut. Vous avez par exemple un formidable potentiel de confort avec la laine du Massif Central, les élevages y sont nombreux.

Curieusement, l’économie touristique reste là-bas totalement focalisée sur la visite des volcans d’Auvergne. Les hôtels des environs vous proposeront peut-être des fromages locaux au buffet du petit déjeuner. Des oreillers en laine dans les chambres, n’y comptez pas, vous aurez cette maudite galette en polyester que tout le monde redoute. Qu’est-ce qu’on attend ?…

Ce qui est préformé est inapte

Comprenez-le, dans tous les cas, seul un oreiller naturel peut être qualifié d’ergonomique, parce que non seulement n’importe lequel de nos matériaux vous porte, mais vous pouvez le régler et le travailler exactement à vos besoins. Un oreiller doit toujours être ajustable et malléable pour prétendre à une qualité ergonomique ou anatomique.

Donner une forme prédéterminée à un oreiller, c’est le rendre inapte pour chacun et lui enlever toute possibilité de s’adapter à vos critères personnels par le simple jeu de la manipulation. Comme s’il n’y avait pas trois ou quatre manettes au moins pour régler votre siège de voiture !

La mousse ne porte rien, elle s’enfonce et résiste seulement à saturation, elle vieillit mal, elle est sensible à la température ambiante, elle ne respire pas, elle vient du pétrole, et elle n’autorise aucune déformation volontaire entre les mains.

Le meilleur oreiller ergonomique est naturel

Comme Violaine, vous pourrez faire ce que vous voulez d’un oreiller naturel, aussi bien en volume, en hauteur et en densité. Certains pensent encore que devoir moduler son oreiller dans la nuit au gré de ses mouvements est un vecteur d’insomnie et d’inconfort et que l’oreiller en mousse préformé vous préserve d’une mauvaise posture en toutes circonstances. C’est exactement le contraire qui est vrai : le confort se gagne à chaque position, dans une manipulation naturelle quasi inconsciente.

Retenez également qu’on peut à peu près tout faire à partir du vivier de matériaux naturels en tous genres dont nous disposons. La hauteur et la portance s’obtienne sur n’importe quelle matière. On peut faire un oreiller haut et tendre, comme un oreiller bas et ferme, on peut raffermir du duvet et assouplir du sarrasin, toutes les sensations sont possibles et pour n’importe quel gabarit. Ne croyez pas que vous soyez condamné par exemple à dormir sur du dur à supposer que vous soyez très corpulent, pas du tout, il existe une souplesse relative pour chacun à l’appui de la boite à outils extraordinaire des ressources naturelles.

Violaine a fait 250 km en voiture pour nous rencontrer, ce voyage était projeté et attendu depuis des mois, le cas fut réglé comme souvent en trois minutes sur le premier oreiller essayé et nous avons jeté cet oreiller moderne et sophistiqué qu’elle s’est astreinte à user pendant 10 ans, pour la raison qu’il promettait beaucoup, coûtait fort cher et avait été « Vu à la télé »…

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